Entre-deux Egypte Grèce
Entre deux cafés au Caire je me souviens de Memphis, les ruines de l'ancienne capitale où une immense statue de Ramsès II dort à
l'abri dans un bâtiment moderne, à un jet de pierre de là, cinquante tables servaient à l'embaument des boeufs sacrés, près de la colline de Kom el Qal'a (il existe une scène de procession
des boeufs gras à Louxor). Les odeurs de chicha (narguilé) auxquelles je commence à m'habituer me ramènent à ces hommes et femmes au teint ensoleillé. Près de moi deux jeunes
s'apostrophent pour un ticket de bus, drôles de héros, un autre pose des billets de loterie, le temps ne compte plus, Ulysse à bonne mine ! A tire-d'aile me voici en Bretagne en période
de Pardon à Carnac, lieu où vit Marie-Ange.
La maison de Marie-Ange se trouve devant l'église. Il y a deux petites portes pour franchir le seuil, celle de la cour face à un petit mur en pierres, digne d'un enclos breton, où plus d'une
femme a palabré avec Marie-Ange et se sont signées en respect pour « Notre Seigneur ». Celle du jardin où le coeur à l'ouvrage Marie-Ange règne sur son monde végétal, toujours une serviette
propre près du robinet par lequel coule le ruisseau de la fontaine du sanctuaire, à l'occasion miraculeuse. Elle est toujours aux aguets Marie-Ange dès qu'elle aperçoit une bonne âme, à la
manière d'une veilleuse devant l'icône de Notre Dame, d'un signe délicat d'invite évidemment décodé, elle vous accueille. Sitôt entré, vous la voyez agenouillée devant la cheminée où elle dispose
six pots en terre, de taille différente, couleur brou de noix, posés sur les braises de son feu. Le cérémonial du café effectué c'est le moment pour s'imprégner des saveurs du meilleur moka de
Carnac City. On rit et elle rit un peu. Elle ne demande jamais rien à personne, jamais elle ne se plaint, si quelqu'un lui apporte quelque chose, elle l'accepte les larmes aux yeux.
L'Eglise est dédiée à St Cornély et contrairement à la plupart des sanctuaires bretons le porche s'ouvre ici au Nord. A l'intérieur, un buste reliquaire en bois doré du Saint aux boeufs trône
au-dessus d'un tronc. Sur la façade une statuaire du Saint et de bovins, la fontaine sacrée est proche, entourée d'un mur de pierres et surmontée d'un édifice terminé en forme de pyramide. On
pèlerine pour les boeufs en Bretagne en septembre, à Carnac le deuxième dimanche, à cette occasion tête nue et chapelet à la main les pélerins font le tour de la fontaine agenouillés en
marmonnant les prières, ils se lavent la figure et les mains, les bras levés vers le ciel implorent l'eau de tomber toute l'année. Dans le temps, jadis, se tenait également le matin du 13
septembre, jour de foire, une procession où les animaux à cornes étaient emmenés, avant la grand-messe, près de l'entrée principale de l'église et là le clergé avec la croix et la bannière
bénissait le troupeau. Après la grande procession de l'après-midi le bétail était vendu par les marguilliers. Chacun faisait emplette de cordes et d'images pieuses de Cornély entouré d'animaux et
après un périple à pied dans la campagne et sur les chemins côtiers autour de Carnac, les souvenirs de pardon rejoignaient les étables.
J'ai un ticket pour le musée du Caire, il est temps d'y aller d'un pas feutré.






