
Pierre Loti, lettre à sa sœur.
Je fis dans le quartier de Péra la connaissance d’un prêtre arménien qui me donna les premières notions de langue turque. Ma maison est située en un point retiré de Péra dominant la Corne d’Or et
en travaillant la langue je plane sur le vieux Stamboul, tout au fond dans un bois de cyprès apparaît Eyoub.
Les chiens sont en révolution dans le quartier de Galata et poussent des hurlements lamentables, ceux de mon quartier gardent la neutralité et je leur en sais gré, tout est au grand calme dans
mon voisinage.
A mes pieds les vieilles cases arméniennes sont obscures et endormies, les arbres exhalent dans la nuit des parfums balsamiques.
Au-dessus, des cyprès et dans une nappe brillante la Corne d’Or, et encore la silhouette de la ville orientale, Stamboul.
La mosquée d'Eyoub que vous apercevez sur une photo se situe au fond de la corne d'or, construite sur l'emplacement du tombeau d'Eyoub, compagnon du prophète elle reste d'abord peu sûr
et Pierre Loti signale l'accès interdit aux chrétiens.
L’antre de Pierre LOTI
repéré dans le quartier de la corne d’Or.
La lumière sur Stanbul est blanche à cette
période de l'année et à proximité du lieu une drôle de musiquette tinte dans nos oreilles
Dans une lettre adressée à sa sœur, Pierre Loti semble donner un éclairage
sur Les théâtres de Karagueuz " ils s’ouvrent dit-il le premier jour du mois lunaire du Ramadan et sont fort courus pendant trente jours. Le mois fini, tout se
ramasse et se démonte. Karagueuz rentre pour un an dans sa boîte et n’a plus, sous aucun prétexte, le droit d’en sortir. Je déménage et vais habiter dans le vieux stamboul faubourg d’Eyoub. Je m’appelle là-bas Arif-Effendi, mon nom et ma position sont
inconnus………….. ".
Dans le souk des livres ils sont nombreux les personnages du théâtre d’ombres turc, ils arrivent sous Sélim 1er et se
nomment Karagöz. Ce sont des personnages comiques qui tiennent lieu d’expression critique et sociale, vous avez deviné quand il s’agit des femmes elles sont sorcières, danseuses ou vieilles
femmes !
Keragöz se traduit par yeux noirs, c’est forcément le nom du personnage principal qui a un compère du nom d’Hacivat et ils sont au centre de toutes les intrigues.
Quand on assiste dans ce haut lieu de la caricature et du burlesque on devine rapidement que tous les autres personnages, commerçants, bourgeois, provinciaux et étrangers se nomment
Taklits.